1) Pouvez-vous nous présenter votre structure ?
L’Espace CESAME est un centre de formation pour jeunes âgés de 16 à 25 ans qui ont besoin de temps et d’un accompagnement spécifique pour s’engager durablement dans un processus dynamique d’insertion. Nous leur proposons un suivi individualisé pour travailler sur les freins qui entravent leurs parcours. Nous disposons également d’un pôle pédagogique articulé autour de quatre grands axes : le sport, la culture générale, le technique et l’artistique.
2) En quoi l’action culturelle et artistique constitue un levier d’insertion selon vous ?
Les jeunes que nous accueillons sont sortis précocement du système scolaire sans diplôme ou avec un faible niveau de qualification et de culture générale. Ce qui freine leur insertion, ce ne sont pas uniquement les stigmates dont ils sont victimes, mais aussi la difficulté qu’ils éprouvent à affronter des situations sociales hors de leur contexte habituel. Il est donc nécessaire de favoriser des formes d’interventions sociales et pédagogiques visant la reprise de confiance en soi et la mise en mouvement de ces jeunes vers l’extérieur, vers la société large. Et c’est précisément ce que permettent les actions artistiques et culturelles.
3) Quels projets mettez-vous en oeuvre ?
Sur le pôle artistique, nous avons plusieurs ateliers hebdomadaires : théâtre, arts plastiques, vidéo, ferronnerie d’art, écriture, chant… Toutes ces actions sont animées par des professionnels légitimes dans leur domaine d’intervention. C’est très important parce que les artistes apportent, avec eux, la richesse de leurs univers et de leurs réseaux. Ensuite, nous cherchons toujours à travailler avec les institutions culturelles de notre territoire. Enfin, nous sortons beaucoup, avec nos stagiaires, pour voir différents spectacles.
4) Quels impacts avez-vous pu observer sur les jeunes ?
Sur le plan individuel, nos stagiaires retrouvent confiance en eux, en leurs capacités. Nous sommes fréquemment témoins, par exemple, de métamorphoses physiques chez les jeunes, suite à ces projets. Ils changent de look, ils s’affirment davantage en groupe, ils s’autorisent à élaborer, à poser des choix… Ils retrouvent de la curiosité, le goût d’apprendre, de l’ambition… Ces acquis sont facilement transférables sur la sphère professionnelle. À travers ces expériences, ils apprennent et développent de nouvelles compétences qui leur permettent de circuler dans un ensemble de systèmes relationnels, de dialoguer et d’échanger avec des personnes issues de tous horizons, sociaux ou géographiques. Ils perçoivent, grâce à leurs démarches créatives et impliquées, que leur image s’est recréée dans le regard de l’autre. Et ça les transforme.
5) Que diriez-vous aux structures qui rencontrent des difficultés à porter des projets autour de la culture dans le secteur social ?
Ces projets demandent de l’engagement, de l’investissement de la part des professionnels. C’est presque une forme de militantisme, surtout lorsqu’il s’agit, d’abord, de convaincre ses collègues et sa hiérarchie. Pourtant, il faut les tenter parce que les effets observés sur le public sont importants. Ces résultats sont sources de motivation et notre meilleur argumentaire pour les faire valoir. Pour commencer, il est plus aisé de s’appuyer sur un collectif. Le groupe est moteur et entraînant. Nous avons observé, également, que le passage par le « faire » (faire du théâtre par exemple) favorise la curiosité, l’ouverture et les rencontres, pour oser devenir un spectateur parmi les autres.
Rachel Tanguy, Coordinatrice pédagogique à l’Espace CESAME






