« Ce matin, je me suis réveillée amoureuse de qui ? De quoi ? Je ne sais pas, un sentiment bizarre, incompréhensible. Un sentiment survenu ce matin sous ma couette, à l’heure où le soleil prend son petit crème.
Amoureuse aujourd’hui, demain malheureuse.
Amoureuse, car hier ma vie a failli s’évaporer, comme envolée. J’ai failli ne plus exister, être rayée de ce monde.
Hier, je sortais d’une soirée bien arrosée entre amis, on fêtait ce soir-là l’anniversaire de mon amie d’enfance.
Ce soir-là, tout le monde a beaucoup bu, beaucoup trop je dirais. Aucune limite, pas d’interdit, ça y est, on était toutes majeures.
Ce soir-là, toutes en boîte à 500 mètres de chez nous, donc non seulement pas besoin de conduire, mais aussi possibilité de boire et de faire la fête totalement.
Malheureusement, il y a une fin pour tout et c’était la fin de la soirée. Il était 6h30 du matin et on devait toutes rentrer chez nous. Il y a une heure où il faut savoir s’arrêter.
Mais malheureusement, ce fut aussi la fin de quatre vies sur nous cinq.
Nous avions tout prévu, la sortie près de chez nous pour ne pas prendre le volant, mais un homme n’a pas eu la même conscience, il a pris sa voiture avec deux grammes d’alcool dans le sang.
Il ne nous a pas vues, pourtant nous étions sur le trottoir. Deux lumières nous ont aveuglées, c’est arrivé si vite, nous n’avons pas eu le temps de comprendre ce qui se passait. Ces lumières, deux phares, une voiture nous a percutées et a fini sa trajectoire dans un arbre.
Cinq morts sur le coup, le chauffeur broyé dans sa voiture, et mes amies.
Et je me suis réveillée ce matin, après deux jours de coma.
Hier, nous fêtions l’anniversaire de mon amie, demain je déposerai des fleurs sur sa tombe.
Ce jour du 8 juin, anniversaire de sa naissance et de sa mort… Horrible situation.
Pourtant, aujourd’hui j’ai compris une chose : je dois profiter de la vie pour elles.
C’est pour cela que ce matin je me suis réveillée amoureuse d’un monde où la vie ne tient à rien. »
Quelqu’une
« Ce matin, je me suis réveillé amoureux. Je n’ai pas tout de suite compris qu’il s’agissait de cela ; comment aurais-je pu ? C’est ma première fois !
C’est de mon ventre que c’est parti, un point infime, au creux de moi, chaud, je crois. Oui, c’est cela, un point chaud, assez aigu, mais qui diffuse sa chaleur, une sensation de bien-être dans tout le corps, tels des rayons, tels les bras d’une pieuvre.
Ce matin, je me suis réveillé amoureux, un sourire aux lèvres, l’air idiot. Tout me semblait joli, tout me semblait possible. J’étais un autre tout en étant moi-même, un nouveau moi.
Les draps encore chauds, tout plissés de la nuit, j’ai repensé aux raisons de mon euphorie. Qu’est-ce qui avait bien pu me faire basculer du côté fleur bleu ? Parce que vous devez savoir que ce n’est pas mon genre, les sentiments à l’eau de rose. J’ai toujours pensé que c’était « un truc de fille », qui ne touchait que quelques garçons efféminés, de l’autre bord… Ce qui n’est pas du tout mon cas ! N’allez pas vous faire une image erronée de moi, je vous vois venir… Non, moi, je suis plutôt genre… mec : costaud, voix grave qui pose son homme (au téléphone, on me donne toujours plus que mon âge), je parle peu et préfère observer la vie, d’un air intelligent et détaché. Garder toujours la bonne distance, surtout ne pas trop dévoiler. Je préfère ne pas m’attacher, quitte à rester plus solitaire.
Alors, direz-vous, comment ai-je pu me retrouver ainsi dans les bras d’une belle, le cœur vacillant, le sourire collé au visage ?
Tout a commencé ce matin de septembre. Je me rendais au travail, RER C, regards gris, foule pressée. Matin plutôt chanceux, car j’ai trouvé où m’asseoir. J’ai ouvert mon bouquin, c’est imparable pour éviter les regards des autres. Très vite, on se retrouve dans l’univers familier de l’histoire. Parfois, on est pris par ses pensées, on ne lit pas vraiment. Mais ce n’est pas grave, le livre fait obstacle. J’en étais là, quand un éclat de rire monstrueux m’a fait littéralement sursauter. Un éclat de rire comme un pied de nez à la grisaille parisienne.
Tout a commencé par cet éclat de rire. Car, je m’en souviens bien, j’ai souhaité entendre ce rire à nouveau, une pensée a traversé mon esprit, qui ressemblait à : « si ce rire accompagnait mes journées, la vie serait plus belle ». J’ai même osé espérer provoquer ce rire, en être l’incitateur. Oui, je me suis senti fier à l’idée saugrenue de pouvoir, un jour, provoquer ce rire. J’ai eu envie de connaître la bouche qui en était la cause.
Un rire voyage,
Un rire maison remplie d’enfants…
Je lui dirais que son rire me manque déjà. Je lui demanderais si elle accepterait de me l’offrir chaque matin.
J’ai eu peur tout à coup. Quelqu’un à aimer, c’est le risque de souffrir sa perte. C’est la crainte de ne pas être à la hauteur. »
( quelqu’un)






